Chambeugle et la Chapelle des Templiers

   

 Si cette commune est la plus petite du canton de Charny, elle peut être fière de son passé chargé d'histoire. Jugez-en !
    C'est au IXème siècle que des gens, fuyant l'invasion des Normands, s'arrêtèrent en ce lieu. Ils y construisirent un oratoire dédié à Saint Aubin, l'évêque d'Angers qui vivait au VIème siècle et dont ils avaient emporté certaines reliques.
    Au début du XIIème siècle, les terres de Chambeugle appartenaient à Everard des Barres. Quand ce dernier s'engagea dans l'ordre des Templiers, il fit don de son fief à cet ordre.
    Comme Chambeugle se trouve au croisement de deux grands axes de circulation, l'un allant du Sénonais à la Puisaye par Courtenay et Champignelles, l'autre reliant la vallée de l'Yonne à celle de la Loire, de Joigny à Gien, les Templiers profitèrent de cette intéressante situation stratégique et y établirent une commanderie en 1137 avec une église érigée sur l'emplacement de l'ancien oratoire, et toujours dédié à Saint Aubin.
Quand, sous le règne de Philippe le Bel, les Templiers furent arrêtés et leurs biens confisqués, la commanderie de Chambeugle fut cédée en 1312 aux Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, plus connus sous le noms de Chevaliers de l'Ordre Hospitalier de Malte.
    Pendant la guerre de Cent Ans, Chambeugle eut à souffrir des déprédations du fameux capitaine anglais Robert Knowles, mais c'est au cours des guerres de Religion qu'elle subit les plus grands dommages. Son église fut amputée d'un tiers et son clocher abattu par les protestants de Coligny en 1562.
    A partir de cette date, il n'y eut plus de religieux résidant à Chambeugle et la commanderie, tout en conservant fièrement ce titre, ne fut plus qu'une "ferme" dont les bénéfices allaient à la commanderie de Saint Marc à Orléans dont elle dépendait. Cela dura ainsi jusqu'à la Révolution française lorsque cette "ferme" fut vendue, en 1793, comme bien national.
Chambeugle tire, très probablement, son nom d'une plante, la bugle, qui poussait abondamment dans cette région. Cette plante, aux fleurs à cinq pétales d'un bleu violacé, avait des vertus médicinales et vulnéraires. Les Templiers, aidés en cela par les Bénédictines du prieuré Sainte Catherine situé sur Marchais-Béton, utilisaient cette plante pour confectionner des potions contre les diarrhées, ainsi qu'une lotion pour la cicatrisation des plaies.
    C'est peut-être à cause de son prestigieux passé historique que, malgré la modicité de sa population (50 habitants), Chambeugle possède, depuis 1886, une école groupant des enfants de Chêne-Arnoult, Fontenouilles et Marchais-Béton, communes cependant plus importantes.
    Nous avons vu que l'église avait subi des dommages au cours des guerres de Religion. Cependant, elle a conservé intactes et ses voûtes ogivales et sa charpente d'origine. Au XVIIème siècle, le clocher fut restauré et une cloche bénite installée en 1658. Mais dès le début du XVIIIème siècle, le village ne fut plus desservi que par les curés des paroisses voisines, Fontenouilles ou Marchais-Béton. Depuis 1923, Chambeugle fait partie de la paroisse de Charny. Et il fallu attendre trente ans pour qu'une Eucharistie dominicale y soit célébrée. C'est ce qui arriva le 13 octobre 1996.

Ce jour-là, avant la messe et après une brève présentation de la vieille chapelle, M. Raymond Coffre, un des doyens du village, concluait ainsi son mot d'accueil :

  Ne nous attardons pas sur le passé fut-il prestigieux ; la vie continue.